Sommes-nous prêts à prendre en charge des patients ayant subi une attaque terroriste à l’ypérite ?

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Sommes-nous prêts à prendre en charge des patients ayant subi une attaque terroriste à l’ypérite ?

Un excellent article de Garriou et al.  « Quels enseignements peut-on tirer de l’utilisation récente de l’ypérite au Levant, A. Garriou, O. Dubourg, R. Doaré, H. Delacour, Médecine de Catastrophe, Urgences collectives, 2021, 5, 253-258, qui vient juste de paraître, nous renseigne sur l’état de la prise en charge des patients venant de subir une attaque terroriste à l’ypérite.

De quoi est-il question ?

Les auteurs ont recensé les différentes attaques chimiques qui ont eu lieu depuis 2012 au Levant. À partir de cas très concrets ils ont étudié de près la prise en charge des patients atteints par l’ypérite et leurs conclusions sont très intéressantes.

Les rappels nécessaires

Dans un article de 2017 intitulé « Les principales armes chimiques : rappel (NRBCe) » nous avions fait un tour rapide des principales molécules utilisées comme arme chimique dans le domaine NRBCe. Parmi elles, le gaz moutarde ou ypérite, utilisé pour la première fois en juillet 1917 par l’armée allemande, bien plus puissant que tous les gaz existants combinés (le chlore, le phosgène et le chlorure de cyanogène). Les patients atteints par ce produit dit « vésicant » sont beaucoup plus difficile à soigner, la peau, les yeux et les poumons sont atteints. De plus, l’ypérite persiste dans l’environnement et crée un environnement toxique.

Ce produit traverse les textiles y compris le cuir ce qui a immédiatement engendré des travaux de recherche pour mettre au point des matériaux imperméables au produit toxique et des masques respiratoires efficaces.

L’utilisation de l’ypérite au levant

Plusieurs organisations ont comptabilisé les attaques chimiques : elles en concluent que l’immense majorité d’entre elles sont dues au régime syrien les autres étant attribuées à l’organisation terroriste Daesh. C’est le chlore qui a été utilisé le plus souvent, parfois du sarin ou de l’ypérite. Finalement, l’ypérite a été impliquée dans un nombre très faible de cas mais elle a été uniquement utilisée par Daesh.

Quatre attaques à l’ypérite ont fait l’objet d’investigations approfondies et de publications scientifiques. Les auteurs les ont décortiquées afin d’en retirer des enseignements riches pour l’avenir.

Les enseignements

Les rapports terrorisme-ypérite

Daesh a contrôlé de larges territoires en Syrie et en Irak, leur permettant de mettre la main à la fois sur des stocks abandonnés ou des installations de production d’ypérite. Ce que nous évoquions déjà dans un blog «  les menaces terroristes nrbce actuelles et futures » est à nouveau vérifié dans cette publication. La menace d’une exportation de ces armes dans d’autres régions du monde est donc bien réelle, d’autant plus que le mouvement Daesh reprend ses activités dans un Afghanistan à nouveau contrôlé par les Talibans.

Quel comportement adopter devant des cas d’exposition à l’ypérite ?

Les auteurs relèvent que, même les personnels hospitaliers n’ont pas eu les actes réflexes nécessaires à mettre en œuvre après extraction des victimes de la zone de danger.

– déshabiller la victime dès que possible en retirant au moins une première couche de vêtements et les chaussures ;

– réaliser une décontamination d’urgence avec de la terre de foulon, du RSDL ou la lingette Dec’pol ABS ;

– réaliser une décontamination approfondie avec une douche et un tensio-actif.

Des comportements aberrants ont été rapportés comme le déshabillage de plusieurs membres d’une famille seulement 16 heures après la prise en charge par une équipe médicale !

On pourra se reporter à la fiche technique SGDSN sur l’ypérite.

Comment prendre en charge une victime combinant atteinte traumatique et contamination chimique ?

C’est le cas des blessés par l’explosion d’un Engin Explosif Improvisé (EEI) à l’ypérite.

Lorsque l’engin n’a pas blessé mortellement la victime, cette dernière combine atteinte traumatique et contamination chimique et est susceptible d’être à l’origine d’un transfert de contamination pouvant atteindre les soignants par exemple.

Connaître la symptomatologie clinique et les marqueurs biologiques bien connus

L’intoxication est insidieuse : le toxique pénètre dans l’organisme d’une manière indolore et les symptômes apparaissent avec des délais plus ou moins longs.

Trois éléments méritent d’être rappelés :

  • l’œil est l’organe le plus sensible à l’ypérite ;
  • l’atteinte cutanée est plus marquée là ou la peau est plus fine et humide (régions inguinales, axillaires ou génitales) ;
  • l’atteinte hématologique en cas d’intoxication sévère est une lymphopénie et d’une thrombopénie à l’origine de surinfections bactériennes est semblable à un grand brûlé immunodéprimé.

La létalité est faible (moins de 5 %), rappelons-nous que la grande majorité des soldats gazés à l’ypérite pendant la première guerre mondiale, repartais sur le front les soins prodigués dans les établissements de santé. Cette faible létalité n’est pas un élément négatif pour les auteurs d’attentats car répandre la terreur fait aussi partie de leurs objectifs.

Les soins des organes cibles que sont les yeux (lavages…), la peau (refroidissement et désinfection des brûlures…), l’appareil respiratoire (oxygénothérapie si besoin…), traitement antalgiques, transfusion de concentrés de globules rouges et/ou de plaquettes…) sont très bien décrits dans cette publication.

Conclusion

Les auteurs concluent en disant que même si les cas d’agression à l’ypérites ne sont pas nombreux, ils sont toujours commis par un mouvement terroriste, et c’est pourquoi il faut maintenir une formation adéquate des équipes soignantes suivie d’exercices réguliers.

Liens utiles

Comment décontaminer en cas de contact chimique ?

NRBCe : la première guerre mondiale ou « guerre chimique 

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