Quelles sont les menaces réelles du bioterrorisme ?

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Quelles sont les menaces réelles du bioterrorisme ?

Nous avons déjà évoqué le fait que le concept d’armes de destruction massive tend à être substitué par celui d’armes de désorganisation massive (NBC-NRBce).

Après une nouvelle étude de la bibliographie, il apparaît que les armes biologiques évoluent très rapidement avec les nouvelles technologies et en particulier celles permettant de manipuler les génomes : ces nouvelles données font voler en éclats nos certitudes de bactériologistes !

Faisons le point en complétant ce que nous avons déjà abordé sur ce site.

 

 

 

 

 

1- Les menaces

Parmi les organismes vivants susceptibles de nous menacer on a l’habitude de citer la variole, le charbon (anthrax), la peste, la tularémie, les fièvres hémorragiques africaines. On peut compléter cette liste avec des toxines comme celles du botulisme, la ricine, l’entérotoxine B du staphylocoque, la toxine epsilon de Clostridium perfringens.

2- Les voies de contamination

La peau et muqueuses principalement en cas de coupures ou d’abrasions ;

La voie gastro-intestinale soit par la contamination directe de la nourriture ou par une contamination indirecte par dépôt de particules d’aérosols. La contamination de l’eau des réservoirs municipaux pourrait toucher un grand nombre de personnes.

La voie respiratoire par inhalation de spores, gouttelettes et autres aérosols.

3- Les modes de dissémination

  • La dissémination dans l’air par aérosolisation semble être  la plus efficace :

c’est ce que nous avons pu constater lors de  l’attaque au charbon en 2001 aux USA.  Ce n’est pas un hazard si le but des principales recherches militaires était de rendre les spores bactériennes capables de rester le plus longtemps en suspension dans l’air. La plupart des virus se dispersent très bien dans l’air (virus de la variole par exemple) et certaines bactéries s’aérosolisent bien comme Brucella pour laquelle on prend des mesures spécifiques au laboratoire.

  • La dissémination dans l’eau :

contaminer l’eau d’un château d’eau est pratiquement impossible car il faudrait y introduire des concentrations très élevées de micro-organismes à cause de la dilution dans les grandes quantités d’eau et aussi à cause  l’eau de Javel dont il suffit de relever un peu le niveau pour stériliser l’eau. En revanche au niveau d’acte terroriste à plus petite échelle pourrait se révéler une menace.

rappelons-nous l’histoire des Rajneeshes qui, en 1984, avait contaminé les salades et autres crudités de 10 restaurants de « The Dalles » avec une souche de Salmonella dans le but d’empêcher les électeurs de se déplacer et de remporter les élections locales. Le bilan fut de 750 personnes contaminées.

Les cibles  pourraient être les grands hôtels et les restaurants internationaux. Ce type d’attaque est très symbolique et fortement désorganisatrice car l’alimentation est synonyme  de sécurité et de confort. Si des terroristes sont capables de s’infiltrer et  réaliser une contamination, la population pourrait perdre confiance dans leur alimentation et par la même dans les autorités qui les gouvernent.

Les poisons pourraient être la ricine, l’arsenic, le bacille du charbon, les Salmonella

Les points faibles dans la défense sont : le manque de contrôle du personnel (souvent occasionnel et à temps partiel) et le manque de politique claire dans la sécurité alimentaire, n’oublions pas que les échanges des produits alimentaires de base entre différents pays sont très nombreux.

4- Actions préventives 

Les possibilités de protection sont très limitées pour la population ;

Voie aérienne : un vêtement en simple tissu avec gants et un masque simple comme un FFP2 (indispensable) peuvent suffire.

Voie digestive : ne pas ingérer ni boire d’aliments suspects, ne pas porter ses mains à la bouche.

La vaccination est envisageable mais il faut savoir qu’il n’y a pas de vaccins pour tous les agents infectieux et qu’un délai est nécessaire pour la mise en place de la réponse immunitaire.

5- Actions curatives

La plupart des agents biologiques ne pénètrent pas une peau intacte. Le dépôt de particules est faible sur la peau et les muqueuses. Les particules adhèrent plus aux fibres des vêtements sous l’action des forces électrostatiques  d’où l’importance du déshabillage. Une douche à l’eau et au savon élimine 99,99% des organismes présents sur la peau après déshabillage.

  • L’antibiothérapie, la sérothérapie, la vaccination (qui peut être curative dans certains cas si elle est administrée rapidement) sont des moyens efficaces.

6- Évolutions probables de l’arme biologique

  • Les modifications génétiques

Des problèmes plus importants vont se poser lorsque seront utilisés des germes pathogènes inconnus isolés dans le monde entier, des nouveaux types antigéniques apparus par mutation, de nouvelles résistances aux antibiotiques voire un mélange de germes. Dans ces conditions, le temps de latence et l’apparition des premiers signes cliniques peuvent être atypiques surtout en cas de mélange. L’identification initiale devient alors très compliquée alors qu’elle représente l’étape indispensable initiatrice de tous les traitements.

Jusqu’à aujourd’hui on se limitait à un nombre connu et réduit d’organismes pathogènes (bactéries, virus, rickettsies, champignons) aux propriétés répertoriées, les progrès de la microbiologie permettent de modifier la virulence mais aussi la structure antigénique et la résistance aux antibiotiques ou antiviraux des germes, nous devons changer de paradigme et élargir le diagnostic à tout type potentiel de micro-organisme encore inconnu.

Dans un rapport de janvier 2017, le Conseil National Consultatif pour la Biosécurité (CNCB) souligne que le nouvel outil de biologie moléculaire qu’est CRISPR/Cas9 (« Ciseaux génétiques ») pose une véritable question de sureté et prolifération potentielle. Risque d’hybridation des micro-organismes avec des espèces naturelles leur permettant de s’adapter au milieu naturel et d’y proliférer, reconstitution de virus anciens particulièrement pathogène (poliovirus, variole, grippe espagnole…). La crainte d’une reconstitution artificielle de la variole a été un argument avancé à l’OMS pour reporter la destruction de stocks de virus encore conservés. On craint une activité du bio-hacking c’est à dire des expérimentations biologiques hors des laboratoires officiels (Universités, organismes de recherche…)

  • Génétique inverse

La génétique inverse consiste à introduire des changements au sein d’un génome dans le but de noter les effets engendrés. Il s’agit d’étudier un phénotype à partir d’un génotype choisi, à « l’inverse » de la génétique classique où on détermine les propriétés d’un organisme à partir du génome. Par ce moyen, des chercheurs ont réussi à introduire des mutations dans le génome de la grippe aviaire pour augmenter sa transmissibilité. Le but n’était pas d’en faire une arme biologique mais de comprendre les questions de tropismes et la fonctions des protéines de surface du virus. Mais l’application de ces travaux pourrait être détournée !

A l’initiative des chercheurs, il y a eu un moratoire récent et des données ont été modifiées, allégées et retardées dans les publications.

7- L’attaque bioterroriste : comment la repérer ?

  • Apparition d’une épidémie à germe peu courant ;
  • Agent manifestement modifié génétiquement ;
  • Taux de morbidité et/ou de mortalité anormalement élevés ;
  • Apparition géographique anormale ;
  • Apparition temporelle anormale ;
  • Maladie rare touchant un groupe particulier : jeunes, personnes âgées…

Ceci nécessite un système efficace de surveillance impliquant le secteur médical (cliniciens), les experts de la santé et les vétérinaires.

Problème : partout dans le monde, il peut apparaître des maladies infectieuses émergentes d’origine inconnue, pouvant être, comme tout phénomène épidémique classique, confondues avec une attaque terroriste.

Une identification rapide du germe aiderait à mettre en route rapidement les mesures prophylactiques et antibiotiques adéquat.

Il faut bien se dire que si les progrès de la biologie peuvent jouer en faveur de ceux qui qui veulent les utiliser à mauvais escient, ils sont aussi la base des nouveaux moyens de détection, de nouveaux diagnostics et de nouveaux traitements. Le recherche est très active dans ce domaine.

Conclusion

L’utilisation d’agents biologiques à des fins militaires est complexe. Elle nécessite des compétences en biologie ainsi qu’un minimum de technologies pour les militariser :  les grands organismes militaires de recherche comme l’unité 731, ont mis énormément de moyens sur ce thème, avec un grand nombre de moyens financiers et humains sans résultats probants. La militarisation menant à une arme de destruction massive est très difficile, ce qui semble limiter pour le moment leur utilisation aux seuls groupes terroristes. Bien que leurs modes de dissémination en milieu ouvert soient variés (épandage, diffusion en milieu liquide, alimentation, matériel explosif…), les «résultats obtenus» restent très aléatoires. Le risque en milieu confiné est donc le plus prégnant.

Les nouveaux moyens de la biologie moléculaire pourraient être utilisés à des fins terroristes mais aussi par les biologistes garants de notre sécurité afin de détecter et identifier les menaces et pour mettre au point les traitements du futur.

 

 

 

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