Comment est mort Reinhard Heydrich ? Un évènement lié au NRBCe ?

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Comment est mort Reinhard Heydrich ? Un évènement lié au NRBCe ?

L’homme

Né en 1904, Reinhard Heydrich, adjoint direct de Heinrich Himmler, il participe à « l’incendie du Reichstag »(1933) puis est l’un des artisans de la « nuit des longs couteaux (1934) ». Plus tard, il participe à l’encadrement des violences contre les juifs au cours de la nuit de cristal en 1938. Il est considéré comme l’une des têtes pensantes de l’élimination des juifs d’Europe, la Shoah.

En 1941 Hitler le nomme « adjoint » du gouverneur du protectorat de Bohême-Moravie en congé de maladie. La population tchécoslovaque ne faisant pas preuve d’assez de docilité, Heydrich  il y fait régner la terreur, exécutant 400 personnes en 2 mois. Puis ce sont 4 000 opposants qui disparaîtront. Il entreprend par la suite de vider le pays de sa population juive.

L’opération Anthropoïde 

Les documents de cette opération organisée par le « Special Operations Executive » (SOE) des services secrets britanniques, ont été récemment déclassifiées et les éléments médicaux ont été analysés par Laurent Tatu et al. dans cette publication : The botulinum toxin legend of Reinhard Heydrich’s death, Neurology, 2017,89, 84-87.

Le 27 mai 1942 alors qu’Heydrich effectue comme tous les matins le trajet entre son domicile et ses bureaux de Prague, assis à l’avant de sa Mercedes décapotée, 2 hommes Josef Gabčík et Yan Kubiš surgissent devant sa voiture, prévenus de son arrivée par un troisième homme Josef Valčík. Chargé d’abattre Heydrich,  Gabčík échoue car son arme s’est enrayée. C’est alors Kubiš qui jette une grenade anti-char modifiée sur l’arrière de la voiture. Le véhicule est touché et des débris de métal atteignent le dos de Heydrich. Les assaillants peuvent alors s’enfuir mais ils mourront 3 semaines plus tard après une chasse à l’homme impitoyable très bien résumée dans le livre de Laurent Binet HHhH (Himmlers Hirn heißt Heydrich) .

La voiture d’Heydrich après l’attentat

 

La mort d’Heydrich

Hospitalisé à l’hôpital Bulkova, il a été constaté une blessure profonde d’une dizaine de centimètres dans la région paravertébrale gauche. La radio montre un pneumothorax gauche, une fracture de la 11è côte et la présence de métal dans la rate. Au cours de l’opération qui suivit, la rate a été enlevée, le pancréas suturé et un drain péritonéal posé. L’état du patient s’améliore rapidement, mais, le 2 juin, sa température augmente et le liquide de drainage se fait plus important. Le 3 juin, tout semble rentrer dans l’ordre quand, dans la nuit, il tombe dans le coma et meurt à 4h30 du matin.

Malheureusement, l’autopsie n’a été qu’incomplètement pratiquée puisque ni le cerveau, ni la région cervicale n’ont été analysées et aucune analyse toxicologique n’a été réalisée. L’analyse  de ce rapport pourrait mener à l’hypothèse d’une embolie pulmonaire avec insuffisance cardiaque dans un état aggravé par une infection : des streptocoques non hémolytiques, des Staphylococcus et des Proteus ont été identifiés dans le liquide de drainage.

L’hypothèse d’une attaque à la toxine botulique

Les faits

C’est dans les années 1970 que les premières affirmations concernant une éventuelle utilisation de la toxine botulique au cours de l’opération Anthropoïde ont été publiées. D’après les affirmations du bactériologiste Paul Fildes (1882-1971), c’est lui qui aurait réussi à fixer de la toxine botulique sur les grenades qui ont atteint Heydrich. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il travaillait dans la base secrète de Porton Down située près de Porton au Royaume Uni. Pour rappel, il a aussi participé aux études de mise au point de la bombe à Anthrax qui a contaminé l’ile de Gruinard.

Néanmoins, aucun document, aucune preuve matérielle ne permet de confirmer, ni même d’infirmer cette hypothèse. Les laboratoires qui ont analysé les grenades laissées sur place n’y ont pas trouvé de trace de toxine. De plus, au niveau sémiologique, Heydrich n’a jamais souffert après l’attaque, ni de diplopie, ni de dysphagie, ni de faiblesse musculaire, ni même d’insuffisance respiratoire, signes caractéristiques du botulisme. De plus, Yan Kubiš lui-même blessé par un éclat de grenade, n’a pas présenté les symptômes de la maladie avant d’être tué et une femme, elle aussi atteinte par un éclat, a vécu plusieurs années après sans la moindre atteinte.

Alors pourquoi ?

Ce sont les photographies des grenades qui ont jeté le doute sur le contenu de ces dernières. Ce sont des grenades anti-char qui ont été modifiées : les 2/3 inférieurs ont été enlevés et l’ensemble a été enveloppé dans du papier adhésif. Tout laissait à penser que les grenades avaient été préparées à Porton Down et que de la toxine botulique avait été introduite dans des ampoules fixées par de l’adhésif. En fait, l’accès aux archives britanniques vient de montrer que les grenades n’avaient pas été préparées à Porton Down mais par les services secrets eux-mêmes. Les grenades avaient été sectionnées afin de les rendre moins grandes et moins lourdes. Ces grenades étaient en fait destinées à immobiliser et à provoquer l’ouverture du véhicule afin de tuer Heydrich avec l’arme qui n’a pas fonctionné. Il est d’ailleurs difficile d’imaginer qu’un simple morceau de scotch pouvait protéger une dose de toxine lors du saut en parachute des partisans !

À gauche une grenade anti-char britannique N°73 et à droite la grenade modifiée utilisée lors de l’attaque contre Heydrich (Tatu et al.)

Nous avons pris connaissance plus tardivement d’études de mise au point d’armes contenant de la toxine botulique, menées conjointement par les biologistes de Camp Detrick (USA) et le SOE, mais elles n’ont réellement commencé qu’en mars 1942 c’est-à-dire après le parachutage des 3 partisans sur Prague. Ils n’ont donc pas pu emporter cette nouvelle arme avec eux.

Paul Fildes était connu pour sa vantardise et ses excentricités mais personne ne sait pourquoi il s’est inventé ce rôle dans l’assassinat d’Heydrich.

 

 

 

 

 

 

Paul Fildes

 

 

Dans tous les cas, à titre personnel et sur la base de publications scientifiques réelles, j’ai enseigné à de très nombreuses générations  d’étudiants cette version originale des faits qu’on pouvait considérer comme un acte novateur de la guerre biologique ! L’histoire était trop belle !

 

 

 

 

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