L’intoxication des enfants par les produits chimiques et les médicaments : un problème grave et récurrent

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L’intoxication des enfants par les produits chimiques et les médicaments : un problème grave et récurrent

De quoi est-il question ?

Chez l’enfant, l’intoxication se caractérise généralement par des délires, des convulsions ou des diminutions de l’état de conscience. Chez l’enfant d’âge inférieur à 5 ans, l’ingestion de poison est involontaire tandis qu’à l’adolescence, on voit apparaître des gestes d’automutilation ou des accidents dus à la consommation d’alcool ou de drogues.

Le diagnostic doit être fait rapidement de façon à traiter efficacement. On verra donc les principaux syndromes correspondant aux toxines et les effets sur le système nerveux.

L’intoxication chez l’enfant est un problème médical courant, les manifestations neurologiques importantes, la reconnaissance des toxidromes fondamentale car le dépistage toxicologique est généralement de faible valeur dans un empoisonnement aigu.

De nouveaux défis sont apparus pour les toxicologues les pédiatres et les neurologues à cause de la disponibilité de drogues illicites, l’exposition dans l’environnement à des toxines bien connues comme le plomb, et de nouveaux composés industriels organiques complexes

A ces dangers potentiels s’ajoutent maintenant les erreurs médicales, le terrorisme chimique, l’exposition aux gaz toxiques, les expositions professionnelles, les radiations mais aussi les intoxications alimentaires de masses. C’est pourquoi 2 nouvelles disciplines sont nées : la toxicogénomique et la nanotoxicologie. La première étudie les susceptibilités des personnes à des substances particulières et la seconde à la toxicité des nanoparticules dans la taille ne dépasse pas 100 nanomètres et qui peuvent si fixer sur le système nerveux ou la moelle osseuse.

Aux États-Unis, plus de la moitié des appels reçus dans les centres antipoison concernent directement des enfants.

Les manifestations cliniques

Lorsqu’une intoxication est suspectée, il faut obtenir l’anamnèse la plus complète possible concernant les médicaments utilisés à la maison, les compléments alimentaires à base de plante médicinale, les substances utilisées dans le milieu extérieur. L’ensemble des signes cliniques renseignent le toxidrome dont nous avons déjà parlé.

Toxicité sympathomimétique ou sympathicomimétique

Les substances imitent la stimulation du système nerveux sympathique. Elles accélèrent la fréquence cardiaque, dilatent les bronchioles, et provoquent en général une contraction des vaisseaux sanguins (vasoconstriction). Cela se traduit par de l’hypertension, tachycardie, mydriase, diarrhée. Cette tendance est fréquemment observée chez les adolescents et est associée à la consommation de cocaïne, d’amphétamines et, chez les jeunes enfants, à une exposition accidentelle à des stimulants. La toxicité sympathomimétique peut entraîner des accidents vasculaires cérébraux, des convulsions et des complications infectieuses graves. La sédation est le pilier de la thérapie. Les patients qui s’injectent des amphétamines ou de la cocaïne peuvent développer une endocardite.

Toxicité anticholinergique

Les enfants exposés à des surdoses d’anticholinergiques ressentent de l’agitation, mydriase et de la tachycardie. Les médicaments concernés sont les amines (atropine…), les antihistaminiques, les antidépresseurs ou les antipsychotiques.

Syndrome sérotoninergique

Le syndrome sérotoninergique est caractérisé par un excès de sérotonine dans le système nerveux central, lié à la prise de certains antidépresseurs, notamment les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (ISRS) ou les antidépresseurs inhibiteurs de la monoamine-oxydase.

  • modification de l’état mental (angoisse, agitation, confusion, fébrilité, désorientation, délirium, convulsions, coma) ;
  • symptômes neuromusculaires (rigidité, tremblements, nystagmus, myoclonies, ataxie, hyper-réflexie, hypertonie (des membres inférieurs surtout) ;
  • instabilité du système nerveux autonome : hypertension, hypotension, tachycardie, tachypnée, hyperthermie, mydriase, transpiration abondante, diarrhée.

Les opiacés

La toxicité des opiacés se caractérise par une sédation, un myosis, une dépression respiratoire, une vasodilatation périphérique, une hypotension et une diminution de la motilité intestinale.

Toxicité cholinergique

La toxicité cholinergique est causée par les inhibiteurs de l’acétylcholinestérase. Les organophosphates ont une action généralement irréversible, tandis que l’action des carbamates est généralement réversible. Les organophosphates sont utilisés comme pesticides, tandis que les carbamates comprennent divers produits pharmaceutiques, dont la physostigmine, la néostigmine, la rivastigmine. Dans le monde, près de 300 000 personnes meurent chaque année d’empoisonnement aux organophosphates. La toxicité cholinergique est caractérisée par un myosis, une bradycardie, une bronchorrhée, de l’incontinence urinaire et fécale et des convulsions. Il peut y avoir une perte rapide de conscience, des convulsions et une ‘inhibition du centre respiratoire médullaire. Les agents chimiques de guerre G et V sont aussi des organophosophorés qui peuvent atteindre les enfants lorsqu’ils sont utilisés dans les zones de guerre.

L’empoisonnement au plomb ou saturnisme

Le plomb demeure une toxine environnementale courante chez les enfants (tuyauterie au peintures au plomb par exemple). Les enfants plus âgés et les adolescents souffrent de fatigue, de douleurs abdominales, de maux de dos, de myalgies et de paresthésies. Les jeunes enfants ont des problèmes de concentration, de mémoire et d’apprentissage.  Généralement, ces séquelles sont irréversibles. Le saturnisme aigu chez les enfants peut être secondaire à l’ingestion ou à l’inhalation de plomb : vomissements, apathie, comportements bizarres, suivie de convulsions, de délire et de coma. Les patients peuvent développer un œdème cérébral. Il est important de noter que
que les crises  » aiguës  » peuvent être le point culminant de l’augmentation de la charge corporelle de plomb à la suite d’une exposition continue.

Epidémiologie

Les intoxications constituent la seconde cause d’accidents de la vie courante chez l’enfant après les traumatismes et devant les brûlures. Heureusement, dans la plupart des cas les effets cliniques sont minimaux et un simple lavage d’estomac ou l’administration d’un agent absorbant comme le charbon actif et/ou un agent vomitif ou favorisant l’évacuation de l’intestin suffisent à éliminer le produit toxique. Il n’en reste pas moins qu’il y a encore de nombreux cas mortels.

Les produits les plus communément ingérés par les enfants de moins de 6 ans sont : les cosmétiques et produits de soin, les produits ménager de nettoyage, les analgésiques, les plantes, les médicaments antitussifs, les corps étrangers, les pesticides, vitamines et hydrocarbures. Les produits impliqués dans la mort d’enfants étaient des analgésiques, des produits de nettoyage corrosifs, des électrolytes, hydrocarbures (essence…), des antidépresseurs, des insecticides et pesticides, des cosmétiques (éthanol, huile pour bébé), des anticonvulsivants et des drogues illicites (cocaïne, héroïne).

Ne pas oublier que les produits de l’environnement comme le monoxyde de carbone ou les produits végétaux (champignons, baies, plantes) peuvent aussi être à l’origine d’empoisonnements.

Prévention

Elle se joue à plusieurs niveaux ; activement, les parents doivent empêcher l’accès des enfants à l’armoire à pharmacie par exemple ainsi qu’aux produits ménagers, passivement, les contenants des produits ménagers et des médicaments comme les sirops sont munis d’un bouchon dont l’ouverture ne peut se faire que par un adulte.

Dans tous les cas,  il faut appeler le centre antipoison et de toxicovigilance de la localité où on réside (04 72 11 69 11 par exemple à Lyon).

Bibliographie

Lawrence R.A., Schor N.S. Chemical and drug poisoning in children. MedLink Neurology,

http://www.medlink.com/article/chemical_and_drug_poisoning_in_children

Shannon Ingestion of toxic substances by children, M. New Engl. J. Med,  January 20, 2000, 186-190

Meyer S., Eddleston M. , Bailey B. , Desel H., Gottschling S. , Gortner L. Unintentional Household Poisoning in Children , DOI 10.1055/s-2007-972567 Klin P ä diatr 2007; 219: 254 – 270

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