L’intoxication au plomb : le saturnisme

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L’intoxication au plomb : le saturnisme

Le plomb de Notre-Dame

L’incendie de Notre-Dame de Paris le 15 avril 2019 a non seulement failli faire disparaître à jamais l’un des plus beaux joyaux de l’art gothique du Moyen-Âge mais ses conséquences soulèvent un problème environnemental important : l’intoxication au plomb.

La flèche inaugurée en 1859 par Eugène Viollet-le-Duc était construite en bois de chêne et contenait 250 tonnes de plomb. Quant à la charpente constituée en bois de chênes centenaires elle était recouverte de 1326 feuilles ou tuiles de plomb pour un poids total de 210 tonnes.

 

Pourquoi du plomb ?

Le plomb est un métal connu depuis très longtemps puisqu’il était déjà utilisé sous forme de pigments dans les tombes préhistoriques. De couleur grise il se couvre rapidement d’une couche d’oxyde gris-blanc. Son point de fusion bas, sa résistance à la corrosion et sa malléabilité ont conduit les romains à l’utiliser pour la confection d’objets usuels comme des assiettes, des verres et autres carafes. Il servait aussi à faire les tuyaux d’adduction d’eau, la distribution hydraulique au moyen des aqueducs romains étant très développée à l’époque.

Le plomb existe sous différentes formes :

  • Métal : fusion 327°C, ébullition 1740°C, volatilisé à partir de 500°C. On en trouve dans les canalisations anciennes, les chenaux et balcons des monuments historiques, les plaques d’accumulateur des batteries, l’alliage étain-plomb en soudure. Rappelons que le bouclier en plomb n’a toujours pas trouvé de substitut pour se protéger contre les rayons gamma ;
  • Plomb inorganique : pigments pour peintures, vernis, émaux, céramiques,

Oxydes et hydroxyde (tétraoxyde de Pb («minium») parfois encore utilisé

Sels de Pb (chromates, silicochromates, sulfochromates…

Hydrocarbonate (céruse = colorant des peintures à huile)

  • Dérivés organiques : tétraéthyle de Pb, tétraméthyle de Pb (antidétonnants dans l’essence pour augmenter l’indice d’octane. Maintenant on utilise exclusivement de l’essence sans plomb.

Actuellement, les secteurs d’activité exposés au plomb sont ceux de l’industrie (fabrication et recyclage des batteries, le recyclage des produits électroniques, la plasturgie, la fabrication de verres spéciaux…), de l’artisanat (fabrication et réfection de vitraux, poterie, fonderie d’art, joaillerie…), les stands de tir (les plombs de chasse sont constitués de plomb allié à de l’arsenic et de l’antimoine).

 

La toxicité du plomb

La toxicité du plomb a une part de responsabilité dans la chute de l’empire Romain à cause de l’intoxication et du délabrement des élites Romaines par le plomb issu des tuyaux d’adduction d’eau.  D’autre part, ces mêmes tuyaux en plomb étaient très convoités par les barbares qui les ont volés, privant d’eau du même coup les populations romaines.

Le plomb est toxique pour l’organisme, même à faibles doses : il se fixe au niveau du système nerveux, de la moelle osseuse et des reins. Il donne une maladie appelée « Saturnisme » en référence à la planète Saturne symbole du plomb en alchimie. L’exposition au plomb est particulièrement grave chez l’enfant et la femme enceinte dont le fœtus est gravement touché.

Le plomb pénètre par les voie digestive et respiratoire, la peau, les muqueuses, et le placenta. Quatre-vingt-dix % sont stocké dans les os avec une demi-vie de 20 à 30 ans et il est relargué parfois longtemps après l’exposition ce qui explique que les effets de l’intoxication peuvent être tardifs. Le saturnisme est mesuré par la « plombémie » qui ne doit pas dépasser 50 microgrammes par litre de sang chez les enfants et adolescents de moins de 18 ans. Mais ce seuil est discuté car au-delà de la quantité c’est aussi la durée d’exposition qui importe. La présence de plomb dans le sang montre une contamination récente, une contamination ancienne étant plutôt mesurée par la présence de plomb dans les os.

 

Les symptômes

L’intoxication aiguë est rare car elle correspond à une plombémie supérieure à 1 000 µg par litre.

L’intoxication chronique est responsable d’effets neurologiques importants comme des encéphalopathies, des troubles mentaux, des troubles du comportement, des troubles auditifs et visuels et des neuropathies périphériques. Elle se manifeste aussi par un syndrome douloureux abdominal, des néphropathies, des effets cardiovasculaires, hépatiques et métaboliques. La toxicité hématologique se traduit par une anémie. Elle agit aussi sur la reproduction en diminuant la fertilité chez l’homme. Chez le fœtus elle provoque des avortements, des accouchements prématurés et chez l’enfant des retards de développement psychomoteurs et mentaux.

Le plomb serait cancérogène (groupe 2A pour le CIRC).

 

Le traitement

Il commence toujours par l’arrêt de l’exposition (rénovation des logements anciens dont les enfants ingèrent la peinture écaillée ou boivent de l’eau des conduites en plomb).

Éliminer les plats, poteries et vaisselle terre cuite, en étain, en argent soudé ou à usage décoratif. Éviter les cosmétiques de type khôl. Un traitement chélateur (EDTA par exemple) peut être mis en place, accompagné par une hyperhydratation en perfusion.

 

Revenons à Notre-Dame

L’incendie était d’une rare violence et les panaches de fumée jaune ont pu traduire la formation de particules d’oxydes de plomb. En retombant, ces particules ont contaminé des zones bien localisées aux alentours de la cathédrale : des teneurs en plomb très élevées dans les sols du parvis et les jardins publics alentour ainsi que dans le sol de la cour du groupe scolaire de la rue Saint-Benoît. Les habitants situés dans des zones ou les concentrations en plomb ont été mesurées élevées ont été invités à nettoyer leur logement avec des lingettes humides pour enlever les particules de plomb déposées afin d’éviter les contacts répétés avec le plomb pouvant être à l’origine de saturnisme. Une exposition ponctuelle dans ces conditions ne peut pas donner le saturnisme.

Sur 175 enfants vivant aux alentours de Notre Dame, 2 seulement avaient une plombémie supérieure à 50 µg/L, l’un d’entre eux vivant d’ailleurs dans un environnement familial où sont présentes de nombreuses sources de plomb. Ces enfants seront suivis mais aucun traitement ne leur a été prescrit.

La ville de Paris a entrepris des chantiers de dépollution soit en appliquant un gel qui absorbe le plomb sur les sols contaminés, ce gel devant être enlevé trois jours plus tard après séchage, soit par nettoyage avec des jets haute pression contenant des tensio-actifs.

Les ouvriers travaillant sur le chantier de consolidation de l’édifice ont vu leur plombémie contrôlée et aucun d’entre eux n’a été contaminé. Il importe maintenant de les protéger eux-mêmes mais aussi de s’assurer qu’aucune particule ne puisse s’échapper du chantier : c’est pourquoi des dispositifs drastiques ont été mis en place comme la présence de pédiluves, de douches de décontamination, le port de tenues jetables, et la mise en place de protocoles stricts d’entrée et de sortie.

Deux autres inquiétudes demeurent néanmoins :

  • Que sont devenues les particules projetées dans l’atmosphère loin de Notre-Dame ?
  • Si les voutes venaient à s’effondrer, l’effet serait comparable à celui des tours jumelles de New York avec la formation d’un amalgame de poussières énorme et la libération d’une quantité de particules de plomb qui pourrait être multipliée par 1000 par rapport à ce qui a été émis pendant l’incendie !

Photo by Mathieu Perrier on Unsplash

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