Les vaccins anticovid-19

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Les vaccins anticovid-19

Pr. François NR Renaud, conseiller scientifique

L’épidémie de Covid-19 nous plonge dans le monde mystérieux des vaccins. Il faut bien avouer qu’un vaccin efficace contre le virus Sars-Cov-2 serait d’une grande utilité pour lutter contre le nouveau coronavirus.

Mais au fait : Qu’est-ce qu’un vaccin ?

On appelle « antigène » ou mieux, « immunogène » toute espèce moléculaire qui, introduite dans un organisme induit une « réponse immunitaire ».

Une réponse immunitaire est un processus biologique complexe qui aboutit à la formation de molécules de reconnaissance qui sont : soit libérées dans le sérum, on les appelle alors des anticorps, soit restent fixées aux cellules qui leur a donné naissance, ce sont alors des récepteurs cellulaires. Dans le premier cas c’est la réponse humorale, dans le second cas, la réponse cellulaire. 

Cette introduction est celle de mon cours d’immunologie lorsque j’enseignais à l’Université.

Elle donnait tout de suite le ton : ce cours sera particulièrement difficile !

Un peu d’histoire

Thucidide (- 465 -400/-395) avait remarqué que les personnes atteintes de la « peste » d’Athènes ne pouvaient pas être à nouveau malades ou présentaient seulement des symptômes allégés.  Lady Montagu (1689-1762) a fait connaître en Europe une technique ottomane consistant à inoculer des croutes de varioleux en voie de guérison à des personnes saines afin de les protéger contre la variole (variolisation). Le médecin Edward Jenner (1749-1823) a protégé un enfant de la variole en lui inoculant de la vaccine, un virus proche de celui de la variole. Mais c’est Pasteur (1822-1895) qui mit au point le principe de la vaccination en protégeant le petit Joseph Meister contre la rage en utilisant de la moelle rabique désactivée par aération.

Qu’est-ce qu’un vaccin ?

La vaccination consiste donc à injecter à une personne saine des micro-organismes tués ou atténués, voire des fragments de ce dernier afin d’initier la réponse immunitaire spécifique protectrice. Lors du premier contact, aussi appelé réponse primaire, des anticorps sont formés, d’abord des IgM puis des IgG. Lors du 2e contact, la réponse secondaire produit beaucoup d’anticorps capables d’enrayer le pouvoir infectieux du micro-organisme pathogène. Mais il ne faut pas oublier que les réponses primaires et secondaires se déroulent aussi sur le versant cellulaire. C’est cette immunité cellulaire qui intervient majoritairement dans les réponses contre les virus.

Les vaccins classiques

On a l’habitude de dire que les vaccins sont constitués de micro-organismes vivants atténués (vaccin oral contre la poliomyélite), tué (vaccin injectable contre la poliomyélite) ou de leurs fragments (grippe). Cette notion a beaucoup évolué puisque dans les années 60. La technique de l’ADN recombinant consistant à faire exprimer un gène du virus dans une levure par exemple (hépatite B) ou bien synthétiser artificiellement des antigènes capsulaires (pneumocoque).

Actuellement, en France ce sont 11 vaccins qui sont obligatoires : (1er janvier 2018) Diphtérie, tétanos, poliomyélite + coqueluche, rougeole-oreillons-rubéole, hépatite B, bactérie Haemophilus influenzae de typeB, pneumocoque et méningocoque C.

Les vaccins contre la Covid-19.

Dans le cas de la COVID-19 la réponse humorale, c’est à dire la formation d’anticorps libérés dans le sérum a été générale chez la grande majorité des patients infectés. Les anticorps sont dirigés contre la Nucléocapside et la glycoprotéine spike. Certains de ces anticorps sont neutralisants (anti site de liaison RBD)  tandis que d’autres peuvent participer au développement des formes sévères de la maladie. Des réponses cellulaires ont aussi été mises en évidence, certaines sembleraient être protectrices (Lympohcyte Th1) tandis que d’autres pourraient jouer un rôle dans l’aggravation des signes cliniques (Lympohcytes Th2). Ces observations nous montrent combien il est difficile de choisir le bon vaccin, les réponses immunitaires n’aboutissant pas toujours à la protection de l’individu !

Selon l’OMS, 130 candidats vaccins ont été développés dans le monde dont 19 sont en cours d’évaluation clinique.

En France, une trentaine d’équipes travaillent sur ce thème. À l’Institut Pasteur, c’est le vaccin atténué de la rougeole dans lequel on a introduit des gènes du SARS-Cov-2 qui est apte à produire une réponse immunitaire anti-Covid-19. À Lille (Centre infection et immunité de Lille) c’est le vaccin contre la coqueluche qui est le vecteur, à Créteil (Institut de recherche vaccinale) ce sont des anticorps monoclonaux qui présentent les antigènes du virus, tandis qu’à l’Institut pour l’avancée de Biosciences de Grenoble ce sont des gouttelettes de lipide de la taille des virus qui porteront les antigènes viraux.

Dans le reste du monde, 2 équipes – l’une à l’université d’Oxford, au Royaume-Uni, en collaboration avec la société pharmaceutique AstraZeneca, et l’autre composée de chercheurs de CanSino Biologics à Tianjin, en Chine ont aussi développé des vaccins à « vecteur viral ».

Un troisième groupe, BioNTech à Mayence, en Allemagne, développe un vaccin à base d’ARNm avec la société pharmaceutique Pfizer. C’est un vaccin ARN codant pour le domaine de liaison au récepteur de la protéine de spike. Cela faisait suite aux résultats d’essais cliniques très attendus publiés par Moderna, une société de biotechnologie de Cambridge, Massachusetts, qui a développé un vaccin à ARNm concurrent constitué de la totalité de la protéine spike, en collaboration avec l’Institut national américain des allergies et des maladies infectieuses (NIAID) à Bethesda, Maryland.

L’américain Pfizer a également annoncé le 17 mars s’être associé à l’entreprise allemande BioNTech pour produire et distribuer un vaccin à ARNm pour prévenir l’infection par le SARS-CoV-2.

Les différentes phases de développement des vaccins

Un essai vaccinal suit un processus codifié, comprenant des phases aux objectifs précis. Les résultats d’une phase doivent répondre à des critères définis pour passe à la suivante. Il s’agit d’un parcours rigoureux et long où chaque étape apporte des informations complémentaires. Il faut donc de nombreuses années pour commercialiser un vaccin (environ 10 ans). Dans le cas de la COVID-19, le nombre très important d’équipes et de laboratoires (et les moyens financiers qui vont avec) vont très certainement permettre la mise au point d’un vaccin dans un temps record.

Les essais précliniques

Les vaccins sont d’abord étudiés en laboratoire et testés chez l’animal.

Les essais cliniques

Réalisés chez l’homme ils comprennent 3 phases successives qui correspondent à des objectifs différents.

La phase I (innocuité) a objectif de déterminer l’innocuité du candidat-vaccin chez l’homme : effets indésirables sérieux, sa tolérance, son immunogénicité (le candidat-vaccin génère-t-il une réponse immunitaire ?). Entre 10 et 100 volontaires sains.

La phase IIA. Les essais sont réalisés sur un très petit nombre de volontaires. On continue à vérifier la tolérance et l’innocuité du candidat-vaccin, son immunogénicité, on cherche à établir la dose optimale de vaccin à utiliser.

La phase IIB, encore appelée « preuve de concept » ou « validation de principe ». Les essais sont réalisés sur un nombre plus élevé de volontaires et ont pour objectif de déterminer si le vaccin procure bien une protection durable contre l’infection. On détermine la stratégie vaccinale. Entre 50 et 500 volontaires sains.

La phase III (efficacité et bénéfices/risques. Des essais testent sur des centaines, voire des milliers, de personnes le rapport bénéfices/risques du vaccin. Elle concerne plusieurs milliers d’individus (au moins 30 000 sur 2 ans) appartenant à la populations cible. Ces études pivots permettent de définir les conditions et les précautions d’emploi du vaccin et, à terme, de poser des demandes d’AMM auprès des agences du médicament. Mais attention, beaucoup de candidats vaccins ne passent pas la phase III !

La commercialisation

Les Agences du médicament examinent l’ensemble des éléments disponibles, autorisent ou non la commercialisation, définissent le cadre et les conditions d’utilisation du vaccin.

Quand un vaccin est commercialisé, il entre en phase de pharmacovigilance, parfois appelée phase IV. Patients et médecins sont incités à déclarer des effets secondaires non signalés aux instances de surveillance (en France, l’ANSM). Cette phase dure tant que le vaccin reste commercialisé.

Actuellement 9 essais cliniques sont en phase 3. Parmi eux, le vaccin développé par la société allemande BioNTech en partenariat avec le laboratoire américain Pfizer. Celui de la biotech américaine Moderna,ceux des laboratoires chinois Sinopharm et Sinovac (vaccins inactivés). Ainsi que le projet mené par l’Université d’Oxford en coopération avec le groupe pharmaceutique britannique AstraZeneca et la société chinoise CanSino.

Quant au vaccin russe Spoutnik V (Adénovirus porteur), il est entré en phase 3 mais beaucoup doutent de la validité des étapes précédentes !

Acceptation du vaccin

Des mouvements anti-vaccins se multiplient. Entre 25 et 30 % de français refuseraient le vaccin antiCOvid ! Il ne faut pas oublier que la vaccination protège l’individu concerné mais participe à l’immunité collective en empêchant le virus de circuler. Ce comportement est d’ordre politique, mettant en cause les relations pouvoir/laboratoires pharmaceutiques. Pour rappel, c’est une étude publiée en 1998 dans le revue médicale The Lancet qui suggérait un lien entre la vaccination ROR (Rougeole, Oreillons, Rubéole) et la survenue de l’autisme chez des enfants en bas âge qui a mis le feu aux poudres. L’étude s’avéra être un « trucage » de son auteur Andrew Wakefield. Le démenti officiel de la revue et les multiples travaux postérieurs démontrant l’absence de lien entre vaccin et autisme ne parviendront pas à taire les craintes. La fausse étude est encore aujourd’hui régulièrement citée par des opposants aux vaccins. Aucun commentaire ne sera fait à propos de la revue The Lancet qui a encore fait parler d’elle cette année à propos d’une étude bidon concernant les médicaments antiCovid…

Conclusion

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne suffit pas d’injecter l’agent pathogène désactivé pour obtenir un vaccin de qualité. Il faut que les antigènes contenus dans le vaccin soient à l’origine d’une réponse immunitaire donnant des anticorps neutralisant et/ou des cellules inhibitrices de l’agent pathogène sans favoriser le développement d’anticorps participant à la forme grave de la maladie ou les cellules aggravant les signes cliniques comme les cellules Th2. De plus, le vaccin ne doit pas présenter de toxicité ni d’effets secondaires plus tardifs. Les tests sont donc drastiques et doivent être respectés d’autant plus que dans le monde actuel le moindre faux pas ne peut qu’alimenter les thèses complotistes et anéantir tous les efforts destinés à notre protection. N’oublions pas non plus que, dans le cas de la Covid-19, la compétition entre les grands laboratoires pharmaceutiques mondiaux a permis une avancée extrêmement rapide de la recherche, au-delà de toutes les espérances, néanmoins ces laboratoires doivent rester dans les clous et bien se différencier de la communication parfois inappropriée à leur égard de la part des dirigeants politiques.

Bibliographie

Les représentations médicales dans l’art.François LACROUX, François RENAUD. Document de travail sur l’art et la science.

Futura-sciences

Professionnels vaccination info service

Solidarités santé

Le monde : réalités biomédicales

Nature

Inserm, Dossier spécial Covid-19, #47, juillet 2020

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