Les principales armes chimiques : rappel (NRBCe)

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Les principales armes chimiques : rappel (NRBCe)

Malgré les traités d’interdiction des armes chimiques et leur destruction, on entend parler tous les jours de leur utilisation sur des terrains d’opération : le chlore répandu régulièrement en Syrie, le gaz sarin lors de l’attaque du 4 avril 2017 dans la ville de Khan Cheikhoun en Syrie, du Vx apposé sur le visage de Kim Jong-nam, demi-frère du dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, assassiné le 13 février 2017 à l’aéroport de Kuala Lumpur.

Dans ce court article nous rappelons les propriétés des principaux produits constituant ce qu’on appelle la « les armes chimiques de la menace ».

La menace chimique

Mises au point pendant la première guerre mondiales, les armes chimiques peuvent causer des dégâts considérables chez l’adversaire. Peu onéreuses et relativement faciles à synthétiser, elles ont pu être produites par un grand nombre de pays. L’impact psychologique de leur utilisation est telle qu’elle peuvent être redoutables dans les mains de terroristes comme on a pu le voir lors des attentats perpétrés par la secte Aum à Tokyo en 1995.

Ces produits sont actuellement sous le contrôle de l’OIAC (Organisation pour l’interdiction des armes chimiques). En 2014, 191 pays (sur 197) avaient signé et ratifié la convention internationale pour l’interdiction des armes chimiques.

Résumé des principales armes chimiques

Les neurotoxiques

Ce sont des organophosphorés

Liquides à température ambiante ils produisent une vapeur capable de pénétrer la peau, l’épithélium respiratoire et la cornée. La forme liquide peut être absorbée directement par la peau ou l’intestin lorsqu’elle contamine des aliments.

On distingue

– le Tabun (GA) incolore à brun, légèrement fruité,
– le Sarin (GB) incolore et inodore c’est l’agent le plus volatil, il s’évapore 36 fois plus vite que GA
– le Soman (GD) incolore à odeur de camphre
– le VX c’est le moins volatil et il ressemble à de l’huile de vidange. En revanche il persiste au moins 24 heures sur le lieu. Il est 150 fois plus toxique que GB.

Tous les agents neurotoxiques agissent en inhibant l’acéthylcholinestérase provoquant une accumulation d’acéthylcoline au niveau des synapses. L’empoisonnement se manifeste par des diarrhées, des vomissements, des crampes abdominales pouvant faire penser à un trouble alimentaire. La présence d’un myosis, d’une hypersalivation, d’une bronchorrhée (sécrétion de mucus au niveau des poumons), d’une bradycardie (rythme cardiaque bas) et de rétention urinaire suggère une stimulation cholinergique excessive. La mort intervient par asphyxie à cause de l’atonie des muscles respiratoires. Il existe un empoisonnement chronique conduisant à des atteintes neurologiques.

Les vésicants

Le sulfure d’éthyle dichloré ou gaz moutarde, ou ypérite est un liquide jaunâtre à température ambiante, Il se vaporise à 25°C. Sous la forme gazeuse il pénètre à travers les vêtements. Agent alkylant il réagit rapidement avec les protéines et les acides nucléiques. Il est considéré comme un agent incapacitant, les blessures n’étant généralement pas mortelles : la mortalité des soldats atteints pendant la première guerre mondiale n’a été que de 3 %.
Le pouvoir vésicant est très important : une goutte de 0,1 mL d’ypérite pure contient environ 20 000 doses capables de provoquer un effet vésicant sur la peau. Dans un premier temps un érythème apparaît suivi d’un phlyctène comme dans le cas des brûlures. Il se rompt facilement en libérant un liquide jaunâtre. Les symptômes peuvent parfois apparaître 12 à 24 heures après la contamination.
Les séquelles sont surtout oculaires (conjonctivite chronique, cécité…), cutanées (pigmentation, cicatrices, prurit…), respiratoires (bronchite asthmatiforme), psychiques (dépression, trouble de la personnalité) et génétiques (effet radiomimétique sur les tissus, en particulier le tissu hématopoïétique avec possibilité d’aplasie médullaire ce qui favorise le processus de tératogenèse et de cancérogenèse).

Les suffocants

Le chlore et le phosgène (oxychlorure de carbone) sont les plus représentatifs de ce groupe.
Le chlore est une substance gazeuse de couleur jaune-vert avec une odeur piquante et suffocant. Il n’y a pas de spasme bronchique lors d’exposition à de fortes concentrations mais une irritation au niveau du nez, de la gorge et des yeux résultant en une toux et en un larmoiement avec évolution vers une sensation de brûlure. Il y a une difficulté respiratoire (sensation de suffocation et respiration haletante) et douleur rétro-sternale. On observe plutôt une constriction initiale, et un spasme au niveau du larynx pouvant entraîner un arrêt respiratoire.

Le phosgène est gazeux à température ambiante et il est 3,5 fois plus dense que l’air. Son odeur est celle du foin. L’œil est immédiatement irrité probablement à cause de la libération d’acide chlorhydrique consécutive à l’hydrolyse du produit. Inhalé, il réagit avec un grand nombre de molécules en provoquant une augmentation de la perméabilité capillaire et l’afflux de fluides dans les espaces alvéolaires. Un œdème pulmonaire se forme, et la mort intervient par asphyxie. Les symptômes peuvent être différés dans le temps, n’apparaissant qu’entre 1 et 24 heures.

Classification en fonction de la persistance et de la létalité

Peu létaux, peu persistants : gaz CS
Peu létaux, très persistants : ypérite
Très létaux, peu persistants : sarin, phosgène, tabun, HCN
Très létaux, très persistants : soman, VX

Traitements

Dans les tous premiers temps de la contamination avec un produit liquide, il faut le plus rapidement possible mettre en oeuvre un système de décontamination immédiate afin d’éviter les contaminations croisées et/ou secondaires et de stopper l’évolution pathologique d’un produit toxique au contact de la peau (voir le gant Dec’Pol). Dans un second temps, la décontamination opérationnelle et les traitements seront mis en route.

Agents neurotoxiques

En injection, de l’atropine (effet dilatateur de la pupille), une oxime réactivatrice de l’acétylcholinestérase et une benzodiazépine anticonvulsive.

Ypérite

Il n’existe pas de traitement spécifique pour les blessés atteints par l’ypérite. Sur le plan général, il sont considérés comme des brûlés immunodéprimés. Au niveau respiratoire : oxygénothérapie, intubation précoce et trachéotomie dans le cas d’apparition d’un œdème. Sur le plan cutané il faut empêcher l’apparition des surinfections. Sur le plan ophtalmologique : lavage prolongé des yeux à l’eau physiologique.

Agents suffocants

Il n’y a pas de traitement spécifique. Les premiers secours évacueront la victime à l’air frais et la mettront au repos. Si nécessaire, de l’oxygène et des broncho-dilatateurs pourront être administrés.

Les risques NRBCe peuvent être consultés en suivant ce lien

Comme on peut le voir, les armes chimiques sont encore très utilisées ce qui implique qu’il ne faut en aucun cas baisser la garde, développer des solutions d’équipement individuel disponibles à la fois pour les combattants mais aussi dans le domaine civil pour les primo-intervenants et les soignants afin qu’ils se protègent des contaminations secondaires. La crainte du terrorisme à arme chimique est très prégnante et c’est pourquoi la connaissance de ces produits est indispensable.

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