Le risque explosif : NRBCe ou NRBCE ?

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Le risque explosif : NRBCe ou NRBCE ?

Comme nous l’avons déjà évoqué, l’ancien sigle NBC (Nucléaire, Bactériologique, Chimique) a évolué vers le sigle NRBCe (Nucléaire, Biologique, Chimique, explosif) pour mieux rendre compte du changement de paradigme, menace étatique vs menace terroriste   le « e » signifiant explosif, considéré comme vecteur de diffusion d’un agent NRBC. Devant l’évolution du nombre de missions opérationnelles réalisées sur les Engins Explosifs Improvisés on ne peut que constater que les situations explosives sont de plus en plus nombreuses et qu’il faudrait peut-être pousser un peu plus loin la réflexion, afin de faire évoluer les mentalités pour que le sigle NRBCe devienne celui des dangers, risques et menaces NRBCE ? Le risque « E » explosif représentant une menace à part entière.

Cette question est très bien posée par le Capitaine Sébastien SICOT dans son rapport « Approche et sensibilisation des sapeurs-pompiers primo-intervenants aux situations à risque explosif nécessitant l’appui des services du déminage » (Mastère Spécialisé Gestion des risques et menaces N.R.B.C.E. 2016).

Les situations à risque pour les sapeurs-pompiers

En cas d’incendie, les sapeurs-pompiers sont confrontés au risque explosif (gaz, particules fines en suspension dans un milieu confiné). Cependant, des situations explosives peuvent exister en dehors des incendies comme entre autres l’explosion d’un silo à Blaye (33) le 20 août 1997, ou l’explosion du cours Lafayette à Lyon (69) le 28 Février 2008

Les situations pouvant exposer des sapeurs-pompiers à des explosions sont multiples et se multiplient comme le développement des véhicules hybrides à bicarburation, le développement des nouvelles énergies (moteur à hydrogène), la multiplication des dispositifs pyrotechniques dans les véhicules (prétensionneurs de ceinture, airbag, …), le transport, tout mode confondu, de matières dangereuses, stockage de produits chimiques sans respect des règles d’entreposage, accidents industriels…).

– les engins de guerre : chaque année 500 tonnes de munitions sont retrouvées en France dont 15 tonnes chargées en produits chimiques. Elles sont prises en charge par le service de déminage. On retrouve aussi des armes, munitions et explosifs. On estime à 15 000 armes de guerre en circulation et 4 à 6 millions d’armes détenues illégalement en France ;

– les explosifs civils manufacturés utilisés dans le bâtiment ou les travaux publics, les engins incendiaires type « cocktail Molotov », les dispositifs de propulsion (comme les sièges éjectables des ULM, les explosifs improvisés comme le TATP ou les chlorates ;

– des accidents explosifs fortuits peuvent apparaître dans le cas de mélanges acides forts-bases forte ou de manipulation de l’acide picrique, ainsi que la poudre noire utilisée par les chasseurs et les collectionneurs d’armes anciennes.

Le déminage

La Grande Guerre a laissé des millions de munitions enterrées dans le nord-est : près de 30% du milliard d’obus tirés pendant le conflit n’ont pas explosé. Entre 1939 et 1945, les bombardements allemands, puis alliés, ont visé des villes et des points stratégiques (aéroport, ports, usines…). La découverte des munitions se font au hasard des travaux des champs et des projets d’aménagement et de construction comme les autoroutes. Approximativement, ce sont plus de 500 tonnes de munitions qui sont exhumées chaque année dans l’Hexagone. La destruction peut se faire sur place et c’est pourquoi de lourdes protections composées d’acier et de sable allant jusqu’à 24 tonnes pour les petits obus et jusqu’à 700 tonnes pour les plus grosses bombes de la guerre 39-45. Ces protections assemblées sur place pendant plusieurs jours permettent l’évacuation d’un nombre restreint de personnes dans le périmètre d’action.

L’activité de déminage recouvre les missions suivantes :

  • le traitement des munitions de guerre (EOD (Explosive Ordnance Disposal) et engins
  • les interventions sur engins explosifs improvisés (EEI) à but d ’attentat à la suite de leur découverte ou d’alerte à la bombe
  • la sécurisation des voyages officiels (VO) de personnalités et des manifestations sportives, festives, culturelles, dans le cadre du risque d ’attentat par explosif.

Les démineurs

La majorité des munitions est prise en charge par les 300 démineurs de la Sécurité civile. Le reste est traité par des sociétés privées comme Pyrotechnis, et Sita Remédiation dont les hommes sont généralement d’anciens démineurs militaires.

Les bombes chimiques ne sont pas traitées par les sociétés privées. Elles sont stockées (environ 250 tonnes) dans l’usine SECOIA au camp militaire de Mailly dans l’Aube. Chaque année ce sont 15 tonnes supplémentaires qui sont récupérées. Le processus est entièrement robotisé, la bombe est placée dans un caisson étanche avant d’être détruite par des explosifs. Les gaz sont neutralisés et les déchets résiduels récupérés et traités.

L’activité de déminage recouvre les missions suivantes :

  • le traitement des munitions de guerre (EOD = Explosive Ordnance Disposal) et engins
  • les interventions sur engins explosifs improvisés (EEI) à but d ’attentat à la suite de leur découverte ou d’alerte à la bombe
  • la sécurisation des voyages officiels (VO) de personnalités et des manifestations sportives, festives, culturelles, dans le cadre du risque d ’attentat par explosif.

Les démineurs sont appelés à chaque fois qu’un colis suspect est découvert. A l’aide d’un petit robot télécommandé à distance et équipé de bras et de caméras, ils percent puis neutralisent le paquet suspect.

Équipés de combinaison, casques et d’appareils de détection pour repérer les produits chimiques (gaz, liquides, nucléaires), ils interviennent en suivant des protocoles très précis pour lesquels ils s’entretiennent régulièrement. En effet, tout au long de leur carrière, les démineurs doivent se former pour s’adapter à l’évolution des armes chimiques et des engins explosifs.

Il existe des officiers mariniers plongeurs démineurs, spécialistes de la plongée, sur un bateau du type chasseur de mines ou basé à terre au sein d’un groupe de plongeurs-démineurs (implantés à Cherbourg, Brest et Toulon). Ils recherchent, identifient et neutralisent les engins explosifs détectés en mer et dans les ports.

Le démineur humanitaire

Militaire ou civil ayant suivi une instruction spécialisée pour assurer dans le cadre de missions humanitaires définies le déminage de terrains ou territoires ayant été minés au cours de guerres ou de périodes troublées. La présence de champs de mines provoque de graves blessures qui mutilent enfants et adultes.

Le Centre National de formation au déminage humanitaire a été créé au sein de l’ESAG d’Angers (L’École Supérieure et d’Application du Génie). Il doit répondre dans le cadre d’une sécurité maximum aux nombreuses sollicitations nationales et internationales émanant d’états et d’organisations internationales. Elle forme des militaires et différentes catégories de personnels, agissant au profit des organismes humanitaires ou œuvrant dans des opérations d’action contre les mines : management de programmes de déminage, formation d’instructeurs et de superviseurs.

Evolutions souhaitables

Il est évident les SDIS vont être confrontés à des  situations explosives de plus en plus nombreuses à l’avenir et qu’au-delà du microcosme des spécialistes NRBC-e, l’ensemble des sapeurs-pompiers vont devoir faire face à ces nouveaux dangers, qu’ils soient le fait de négligences comme d’origine malveillante. Il faut mieux tenir compte du risque explosif dans les travaux de recherche et de développement concernant les EPI et les matériels des sapeurs-pompiers et renforcer les échanges entre les SDIS et des CID car ils travaillent en binôme lors d’une intervention.

Ouvry SAS a développé des EPI spécialement adaptées aux démineurs manipulant des engins chargés de produits chimiques  :  Sous-Vêtement NRBC OCPU®, la cagoule FTC® NRBC , Sous Gants NRBC Second Skin®

Conclusion

Les risques explosifs auxquels sont confrontés les sapeur-pompiers ne sont plus seulement sont accompagnant un incendie. Les situations explosives sont de plus en plus nombreuses : accidentelles (gaz, accidents industriels, véhicules à gaz, dispositifs pyrotechniques, stockage et transport des produits dangereux, armes en tous genres, explosifs civils, engins incendiaires, ceintures explosives et surtout engins de guerre. Ils sont toujours en première ligne et accompagnent toujours le démineur. En suivant le Capitaine SICOT on peut dire que  « Le risque explosif, au même titre que les risques nucléaire, radiologique, biologique ou chimique, par son occurrence croissante et par la gravité du bilan qu’il peut générer, mérite d’obtenir enfin sa lettre de noblesse à l’aube d’un siècle qui recèle bien des menaces ». Changer le sigle NRBC-e ou le e ne représenterait qu’un risque explosif vecteur d’autres produits, en sigle NRBC-E n’est pas seulement un changement de lettre mais aussi peut être un changement de paradigme impliquant en autre une meilleure coordination entre les SDIS et les CID.

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